Adapter nos villes, protéger notre avenir : la nouvelle ère de l'urbanisme face aux flots
La redéfinition de l'approche face aux risques hydriques
Dans un contexte où les événements météorologiques extrêmes, tels que la tempête Nils, se multiplient, la problématique de l'adaptation urbaine aux inondations se retrouve au cœur des préoccupations. Une publication du Cerema, parue en novembre 2024, au moment où le nord de la France subissait de fortes intempéries, met en évidence un changement fondamental de perspective : il ne s'agit plus de combattre l'eau, mais d'apprendre à vivre en harmonie avec elle. Cette nouvelle philosophie marque une étape décisive dans la gestion des risques.
L'ampleur du risque d'inondation et le déficit de sensibilisation
Le Cerema alerte sur le fait que les inondations représentent le principal risque naturel en termes de dégâts économiques, avec des pertes estimées à près de 25 milliards d'euros entre 1982 et 2022. Plus préoccupant encore, une grande majorité des 18 millions de Français résidant dans des zones à risque manquent d'information sur les dangers potentiels. Pour illustrer les bonnes pratiques, l'organisme cite l'exemple de la communauté urbaine de Dunkerque Grand Littoral, qui a mis en œuvre une politique exemplaire de gestion des eaux pluviales. Il souligne également son collaboration avec la métropole de Grenoble, visant à élaborer des directives architecturales et urbanistiques adaptées.
Les dispositifs nationaux et locaux de gestion des risques
Le ministère de la Transition écologique s'appuie sur la "directive inondation", une initiative européenne de 2007, pour structurer les politiques de prévention. Cette directive a conduit à l'identification de 14 bassins hydrographiques et, par la suite, de 124 Territoires à Risque d'Inondation Important (TRI), nécessitant une vigilance accrue des autorités. À une échelle plus fine, les plans de prévention des risques d'inondation (PPRi) régulent l'urbanisation dans les zones vulnérables, empêchant l'augmentation de la densité de population et informant les élus sur les niveaux d'eau potentiels lors de crues centennales.

La restauration des cours d'eau au cœur des débats
La complexité de déterminer les causes précises des crues rend difficile l'évaluation de l'impact de l'aménagement urbain sur leur prévention. Luc Aquilina et Pierre Brigode, chercheurs à l'université de Rennes, soulignent dans The Conversation France que l'imperméabilisation des sols et la couverture des petits cours d'eau peuvent aggraver la situation dans les zones périurbaines. Ils regrettent également la remise en question de la restauration de l'état naturel des rivières en milieu rural. Bien que cela implique de dédier des terres agricoles à des fins écologiques, offrir plus d'espace aux cours d'eau permet de ralentir les débits et de réduire les inondations. Néanmoins, ils estiment que l'aménagement a eu une influence secondaire sur les inondations de l'automne 2024 à Valence, principalement dues à des volumes de pluie exceptionnels. Ils avertissent cependant que le rôle de l'urbanisme deviendra de plus en plus crucial, anticipant une augmentation significative des crues décennales et centennales avec le réchauffement climatique.